Thème mensuel

Thème du mois de janvier 2007

La prise en charge, par le médecin généraliste, du patient atteint d'une maladie d'Alzheimer ou apparentée

1. La prévention habituelle des maladies devra être encore plus encouragée que chez la personne ne souffrant pas d'une M.A. car le patient atteint dans ses fonctions cognitives n'est plus capable d'envisager et de décider lui-même de cette prévention qui porte sur:

  • certaines maladies cardiaques: correction de l'hypertension, de l'excès de cholestérol, du diabète, des mauvaises habitudes alimentaires.
  • certains cancers: ceux qui débutent dans les seins, l'utérus, la prostate, le côlon (ou gros intestin)
  • certaines maladies infectieuses: mise en ordre de la vaccination, analyse des urines une fois par an, conseils d'hygiène (lavage des mains, curage des ongles, séchage des plis)
  • l'ostéoporose
  • les maladies de la bouche: envoi chez le dentiste, entretien des dents et adaptation des prothèses dentaires

2. Le médecin généraliste veillera à ce que la personne atteinte de M.A. ou d'une maladie apparentée se trouve dans les meilleures conditions pour compenser le déclin de ses fonctions cognitives, en faisant surveiller par les spécialistes concernés, les organes qui influencent le fonctionnement cérébral, avant que ces organes ne se détériorent:

  • la vue: hypertension oculaire ou glaucome, cataracte, verres de lunettes
  • l'ouïe (parfois ce n'est qu'un bouchon de cérumen)
  • le cœur: altération du rythme cardiaque (palpitations, fibrillation auriculaire), altération des valves cardiaques (souffle au cœur)
  • les causes de diminution de l'oxygénation du cerveau: rétrécissement des artères du cou (les carotides), anémie, maladies respiratoires chroniques, en particulier chez les fumeurs, chutes de tension

 

Tout ceci devrait idéalement être effectué dès que le diagnostic de M.A. ou de maladie apparentée est posé, lorsque le malade est encore suffisamment compréhensif et collaborant pour subir les examens médicaux nécessaires.

3. Le médecin généraliste veillera à ce que le patient atteint de M.A. ou d'une maladie apparentée bénéficie d'un environnement favorable:

  • il l'incitera aux contacts sociaux et relationnels et l'encouragera à ne pas couper les ponts avec la famille et les amis; il conseillera des activités de loisirs et de rencontre, la participation à un 'Alzheimer café', des promenades, des sorties, des réponses positives aux invitations etc.
  • il rappellera les aides financières possibles, par exemple une allocation de handicapé attribuée par le Service situé Rue de la Vierge Noire à Bruxelles sur base des formulaires médicaux qu'il remplira ou une aide de la mutualité en cas d'incontinence
  • il encouragera la visite d'une assistante sociale qui évaluera les aides de proximité: aide ménagère, aide-familiale, soins particuliers à dispenser par une infirmière
  • il recommandera l'aide psychologique du patient: consultation d'un psychiatre
  • il contribuera par ses conseils à la prévention des glissades et des chutes: bonnes chaussures, sol non ciré, suppression des obstacles à la marche (petits tapis légers,  dénivellations, une brosse qui traîne), installation de barres d'appui près du W.C. et de la baignoire/douche, correction des troubles de l'équilibre au besoin grâce à la consultation d'un neurologue, d'un O.R.L., d'un ophtalmologue ou d'un cardiologue
  • il conseillera en matière de prévention des accidents: par cuisinière à gaz, par fils électriques apparents, par des appareils électriques automatiques, par des objets piquants ou tranchants, par oubli de fermer la porte ou la barrière donnant accès à la rue et à la cave, par la non-existence de rampes des 2 côtés des escaliers, par le non-abandon des clés de voiture, par la présence d'objets dangereux à proximité du lit tel un meuble comportant un coin pointu ou un bord tranchant, par l'accès aisé à des bouteilles (éther, térébenthine) ou à la pharmacie familiale (médicaments dangereux)
  • il rappellera au besoin les précautions à prendre en matière de sécurité juridique et conseillera la consultation d'un notaire au patient encore capable de comprendre la signification et la portée des documents et de les signer en connaissance de cause: souhaits relatifs à la fin de vie, désignation d'une personne de confiance, gestion des biens, testament, règlement de la succession, partage de la connaissance du code d'ouverture d'un coffre bancaire ou du code d'accès au 'PC banking'
  • il conseillera à l'entourage de savoir à l'avance sur qui il peut compter et qui il faut appeler en cas de problème: par exemple, qui va relever le malade s'il tombe en pleine nuit et est handicapé par des rhumatismes ? Qui ira à la pharmacie en cas d'urgence ?
  • il rappellera que le soutien psychologique et moral à la famille et aux amis proches est capital (Ligue Alzheimer: 0800/15 225) car l'équilibre psychologique (comportements, émotions, réactions, gestion du 'stress') de l'entourage a un retentissement considérable sur l'équilibre mental du patient atteint de M.A. ou de maladie apparentée
  • afin qu'ils ne courent pas vers l'épuisement, il conseillera aux aidants de se ménager, par le partage du travail avec des professionnels de l'aide sociale (CPAS, assistante sociale, réseau de services à domicile d'une mutualité, aide-ménagère, aide familiale, centres d'accueil de jour, coiffeuse à domicile) et par la délégation de certaines tâches à des professionnels de la santé (infirmière, pédicure, kinésithéra­peute, aide-soignante)
  • sans priver le malade de ce qu'il préfère, il prodiguera ses conseils en matière d'alimentation, répétera inlassablement l'importance d'une bonne hydratation, en particulier par temps chaud et traquera les carences (fer, calcium, vitamine D, acide folique, vitamine B12, fruits et légumes)

4. Le médecin généraliste expliquera à l'entourage les gestes à effectuer pour prendre en charge les petites maladies de coutre durée ne nécessitant pas son intervention: constipation, diarrhée, conjonctivite, léger vertige, rhume bénin, indigestion non douloureuse, présence de 'brûlant' au milieu de la poitrine.

Dans ces circonstances, il orientera la famille vers le pharmacien, très souvent plus qualifié pour s'occuper de ces petits problèmes de santé.

5. Le médecin généraliste, par son souci d'écoute, posera avec tact les questions adéquates pour déceler des maladies au sujet desquelles on a de la gène à s'expliquer:

    • pertes de sécrétions gynécologiques
    • incontinence
    • picotements en urinant
    • troubles sexuels (en trop ou en trop peu)
    • saignements par l'anus
    • rougeurs et démangeaisons de la peau des parties intimes

Docteur Christian DEBACKER

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